Par Lise Couillard
En 1963, dans sa chanson Laeudanla Teïtéïa, Gainsbourg immortalisait la ligature de manière fantaisiste. Mais qu’entend-on par ligature, au juste? C’est la fusion partielle de deux lettres graphiques (graphèmes) pour n’en former qu’une seule. En français, il s’agit essentiellement du e dans l’o (œ) et du e dans l’a (æ) de la fameuse Lætitia. Fait cocasse, le pluriel français en « x » nous viendrait de la ligature des lettres « u » et « s », une convention typographique courante au Moyen Âge qui a été mal interprétée par la suite.
La ligature est surtout présente dans certains mots hérités du latin (cœur, œil, vœu) et du grec ancien (œdème, œnologie). Or, bien que jolie, cette coquetterie typographique est-elle vraiment nécessaire? D’aucuns diront que oui, surtout en parlant de l’œ, car il s’agit d’une ligature dite linguistique, donc qui influe sur la prononciation. Par exemple, on ne prononce pas l’enchaînement des lettres « o » et « e » dans bœuf, comme on le fait dans moelle. En fait, la prononciation de l’œ varie même d’un mot à l’autre. On n’a qu’à penser à œil, fœtus ou vœu, trois substantifs présentant des prononciations différentes de ce graphème.
En revanche, beaucoup classent l’æ parmi les ligatures dites purement esthétiques, donc entièrement facultatives, et militent pour son abolition. Pourtant, il se trouve bien quelques exemples où la présence de cette ligature entraîne une prononciation différente, comme dans les mots paella et curriculum vitæ.
Qu’elle remplisse une fonction linguistique ou esthétique, on remarque que la ligature a tendance à disparaître, d’autant plus que les ouvrages de référence l’appliquent à géométrie variable. On note même des divergences entre les versions numérique et papier d’un même dictionnaire. Ajoutons à cela qu’à moins d’être calligraphe, personne ne ligature quand il écrit à la main. Dans ces circonstances, il est difficile de voir dans la non-ligature une faute d’orthographe. Cela dit, la ligature trouvera peut-être son salut dans l’ère numérique, grâce à son automatisation dans la plupart des logiciels d’édition et des plateformes de traduction automatique. Nous plaidons d’ailleurs en faveur de son maintien, ne serait-ce que pour mieux comprendre l’œuvre de Gainsbourg, et cætera.
Sources :
Explication dans le Robert en ligne : https://dictionnaire.lerobert.com/guide/ligature
Bureau de la traduction. « œ/æ (lettres soudées) », dans Clefs du français pratique. Consulté en ligne le 12 novembre. https://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2guides/guides/clefsfp/index-fra.html?lang=fra&lettr=indx_catlog_o&page=9Evay5kkwZ68.html
Desrosiers, Jacques. « Préséance & ligature », dans L’actualité langagière, volume 10/1, printemps 2013, Bureau de la traduction, p. 8-10. Consulté en ligne le 12 novembre. L’Actualité langagière, printemps 2013 – Language Update, Spring 2013