Du bon usage de la traduction automatique

Du bon usage de la traduction automatique

Par Ariane Lelarge Emiroglou

 

La traduction automatique a fait des pas de géant ces dernières années. Depuis l’époque où Google Translate nous proposait des traductions très approximatives, voire comiques, elle s’impose progressivement au monde de la traduction et de la communication. Bien qu’elle comporte un certain nombre d’avantages indéniables, principalement axés sur la productivité et l’efficacité, elle n’est pas sans risques et force est de constater qu’elle ne peut pas encore remplacer les traducteurs humains.

Entre Systran, DeepL, Tradooit ou Google Translate, le choix de plateformes et de logiciels ne manque pas. Chez Cartier et Lelarge, nous en utilisons plusieurs. Certains, dans le respect des règles de la confidentialité, consultent régulièrement des outils en ligne, dans lesquels ils travaillent directement pour profiter des différents cooccurrents proposés, contribuant ainsi à alimenter la « machine »; d’autres ont installé des compléments dans Microsoft Word afin de travailler plus efficacement. Quelques-uns de nos collègues récalcitrants, quoique très performants et polyvalents dans leur travail, n’utilisent pas du tout la traduction automatique : ils ne veulent pas confier le plaisir qu’ils ont à décrypter la langue et ses subtilités à une machine qui, à leurs yeux, a été mise au point par des informaticiens et autres experts n’ayant pas cru bon de consulter les langagiers. Certains professionnels sont par ailleurs déjà tellement rapides que la traduction automatique n’accélère pas réellement leur travail.

Cela dit, la majorité de notre équipe l’utilise tous les jours, mais pas pour tous les projets. Le contenu publicitaire et marketing, qui nécessite plus de style et de créativité, s’y prête beaucoup moins que les communications générales ou certains textes administratifs. Les contenus de niche bénéficient aussi assez peu de la traduction automatique.

En règle générale, chez Cartier et Lelarge, la traduction automatique reste un outil parmi d’autres, comme les logiciels d’aide à la traduction, le Robert, Termium ou Antidote, lesquels ont évidemment préséance. Elle est particulièrement utile en cas d’urgence, en fin de journée, lorsque la fatigue ou le manque de concentration peuvent se faire sentir, ou pour nourrir l’inspiration. Ainsi, l’une de nos collègues chevronnées aime bien s’en servir à la révision pour améliorer certaines phrases un peu maladroites.

Si la traduction automatique peut être une bonne solution de dépannage et nous faire gagner quelques points de productivité, nous sommes tous intransigeants sur un point : la confidentialité et la protection des données de nos clients. Nous n’entrons aucune information qui pourrait permettre de les identifier de près ou de loin. D’autant plus que les entreprises de traduction automatique sont établies dans différents pays, et le stockage de données confidentielles sur des serveurs étrangers peut poser des problèmes sur le plan juridique.

Le cabinet travaille également à l’intégration d’un système de traduction automatique dans ses logiciels de prétraduction, qui propose des traductions pour les phrases qui ne contiennent aucun terme repris des mémoires de traduction. Cette solution a également l’avantage d’incorporer nos propres corpus aux entraînements de traduction automatique pour une plus grande précision terminologique. Cela dit, la spécialisation des corpus par client et par domaine de traduction présente toujours des difficultés pratiques.

Ce défi opérationnel repose, pour le moment, sur les prochaines avancées technologiques de la traduction automatique. Et d’après ses récents progrès sur le marché, son avenir s’annonce plus que prometteur. Le vrai défi se pose maintenant aux traducteurs : comment mettre la traduction automatique au service de nos clients, et de notre profession, sans que celle-ci perde sa valeur?

 

Cet article est le premier de notre série sur la traduction automatique. Lisez les articles deux et trois.